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LES MOTIFS DE LA CREATION D’UNE COUR D’APPEL
DANS LES ALPES-MARITIMES
LA
COUR D’APPEL COMPETENTE POUR LES ALPES-MARITIMES
Il
existe 30 Cours d’Appel en France métropolitaine et
6 dans les DOM.
Soit, au total, 36 juridictions d’appel dont dépendent
181 bureaux de Grande Instance (175 pour la métropole ; 6
pour les départements d’Outre-Mer).
Le ressort territorial de la Cour d’Aix-en-Provence s’étend
sur 4 départements :
- les Bouches-du-Rhône ;
- le Var ;
- les Alpes de Haute-Provence ;
- les Alpes-Maritimes.
Leur superficie globale est de 22.431 km_, alors que le ressort
territorial moyen d’une Cour d’Appel est en France métropolitaine
de 18.383 km_.
L’INADAPTATION DE LA COUR D’APPEL D’AIX-EN-PROVENCE
Pour des motifs historiques, démographiques, judiciaires
et économiques, cette juridiction constitue une entrave pour
les Alpes-Maritimes.
I / LES RAISONS HISTORIQUES
En 1614, le Duc de Savoie, Charles-Emmanuel 1er, dote le Comté
de Nice d’un Sénat. A l’image de ceux de Savoie
et du Piémont, il remplit notamment la fonction de Cour d’Appel.
Quelques années plus tard, en 1639, un Collège des
Docteurs es Lois, ébauche d’université, est
institué à Nice.
Le Sénat niçois - qui prend la dénomination
de Cour d’Appel en 1848 – subsiste jusqu’au rattachement
du Comté à la France, en 1860, lorsqu’est constitué
le département des Alpes-Maritimes ; celui-ci entre alors
dans le ressort de la Cour Impériale d’Aix-en-Provence.
Par voie de conséquence, la juridiction d’appel de
Nice, qui comptait, à cette époque, 40.000 habitants
– est supprimée. Celle de Chambéry – avec
29.000 habitants – est maintenue.
Ainsi, pendant deux siècles et demi, le Comté de Nice
a possédé une Cour d’Appel.
II / LES IMPERATIFS DEMOGRAPHIQUES
Le ressort territorial de la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence
comprend une population de 3.700.000 habitants, pouvant recourir
à 63 tribunaux ainsi répartis :
- 8 Tribunaux de Grande Instance ;
- 21 Tribunaux d’Instance
- 16 Tribunaux de Commerce (outre un Tribunal de Grande Instance
à compétence
commerciale) ;
- 14 Conseils de Prud’Hommes ;
- 4 Tribunaux des affaires de Sécurité Sociale.
A comparer avec :
- La moyenne nationale de population d’un ressort de Cour
d’Appel : 1.850.000 habitants ; c’est-à-dire,
la moitié de celui de la Cour d’Aix ;
- Les Cours d’Appel suivantes :
- Versailles : 51 juridictions pour 4.200.000 habitants
- Lyon : 42 juridictions pour 2.075.000 habitants
- Toulouse : 37 juridictions pour 1.065.000 habitants
- Grenoble : 34 juridictions pour 1.055.000 habitants
- Chambéry : 28 juridictions pour 977.000 habitants
- Agen : 28 juridictions pour 637.000 habitants
- Bastia : 14 juridictions pour 250.000 habitants
La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence possède une
population et un nombre de juridictions parmi les plus élevés.
A elles seules, les Alpes-Maritimes rassemblent plus d’un
million d’habitants.
Neuf Cours d’Appel ont une population équivalente ou
inférieure :
Metz (1.050.000), Chambéry (917.000), Bourges (795.000),
Limoges (725.000), Agen (638.000), Bastia (250.000), et les 3 Cours
des DOM (488.000 en moyenne).III / LES IMPERATIFS JUDICIAIRES
Dans les Alpes-Maritimes, siègent deux Tribunaux de Grande
Instance (Nice et Grasse), six Tribunaux d’Instance, quatre
Conseils de Prud’Hommes, et cinq Tribunaux de Commerce.Aix
reçoit plus de 12 % des affaires dévolues à
toutes les Cours (en 1989 : 10 %). Etant précisé que
près de 51 % des dossiers examinés à Aix, proviennent
des seules Alpes-Maritimes.
De sorte qu’une Cour d’Appel créée dans
ce département se placerait au 8ème rang des Cours
de France par son volume d’affaires.
Les délais d’évocation
La durée moyenne de traitement d’un dossier atteint
:
- 13,5 mois pour l’ensemble des Cours ;
- 19,8 mois pour Aix ; soit environ 1,5 fois plus, et un retard
de 6,3 mois, selon les sources du Ministère de la Justice.
Mais, en pratique, ce délai d’évocation, qui
n’a cessé de croître, peut atteindre 3 à
4 ans devant certaines chambres –notamment sociales- de la
Cour d’Appel d’Aix-en-Provence.
Il ressort de ces comparaisons que la disproportion de cette Cour
provoque sa saturation.
IV / LES IMPERATIFS ECONOMIQUES
L’engorgement de la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence
porte un grave préjudice à la vie socio-économique
du département.
Lorsqu’un salarié licencié tente d’obtenir
d’éventuelles indemnités ou qu’un commerçant
poursuit le recouvrement de sa créance, il lui faut attendre
plusieurs années pendant lesquelles sa précarité
peut s’aggraver ou son débiteur disparaître.
Les répercussions sur la population et la vie économique
du département sont importantes. Le milieu judiciaire n’est
pas le seul concerné, mais tout le monde : les hommes et
leur activité. Principalement les entreprises, moteur de
la vie économique.
A l’époque de la construction européenne et
de la décentralisation administrative, une telle situation
ne peut perdurer.
En effet, le « schéma national de développement
» - présenté le 11 mai 1994 par le Ministre
de l’Intérieur et de l’Aménagement du
territoire qualifie :
- la montagne et le littoral « d’espaces charnières
» ;
- les zones frontalières, de « véritables ambassadeurs
de la France en Europe ».
Or, le département des Alpes-Maritimes, à lui seul,
regroupe ces deux définitions. De surcroît, il est
une tête de pont entre l’Europe du Sud et l’Afrique
et une porte ouverte vers l’Europe de l’Est et le Proche-Orient.
Pour remplir ce rôle, ses atouts sont nombreux :
- un réseau dense de PME/PMI ;
- un chiffre d’affaires important ;
- une exportation dynamique ;
- une valeur ajoutée élevée ;
- des investissements étrangers accrus ;
- des moyens de communication multiples, comprenant notamment un
aéroport international performant ;
- des zones industrielles et artisanales ;
- une technopole internationale : Sophia Antipolis.
Ainsi, la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, asphyxiée,
éloignée et uniquement reliée par la route
aux Alpes-Maritimes, ne correspond plus :
- d’une part aux contraintes de rapidité et d’efficacité
non seulement d’une justice moderne, mais encore d’un
département voué aux technologies de l’avenir
et en pleine expansion économique ;
- et d’autre part, au rôle de carrefour européen
que constituent déjà les Alpes-maritimes.
Le développement de celles-ci ne peut plus être freiné
par l’absence d’une Cour d’Appel, correspondant
aux besoins tant des justiciables que de forces économiques
vives.
Le département est pénalisé, à l’heure
de la décentralisation française et de la construction
européenne, alors que les grandes métropoles régionales
– Lyon, Toulouse, Gênes, Barcelone – disposent
toutes d’une Cour d’Appel. |